mercredi 14 janvier 2009

Pas que Lulu

Planche 23 encrée, 24 crayonnée. Ça file peinard. Y'a des jours comme ça. C'est presque suspect.

Parce qu'il n'y a pas que Lulu, je voudrais vous signaler l'existence d'une initiative originale:




Ce BD-concert tourne en ce moment et a été donné à Brest il y a quelques temps.
Salle comble, accueil absolument enthousiaste.
Des musiciens jouent en direct et en public devant un astucieux montage vidéo réalisé d'après mes cases de "Un homme est mort".
Présenté comme ça, c'est assez difficile à imaginer.
Vous aurez tous les détails et vous pourrez vous faire une idée du spectacle en découvrant SA BANDE-ANNONCE.

mardi 13 janvier 2009

Considérations météorologiques oiseuses


Planche 22 encrée.


Planche 23 crayonnée.

Cette solide journée de travail fut grandement facilitée par le ciel bas, le brouillard filandreux, et la pénombre humide qui ont régné ici toute la journée.
Ça n'a l'air de rien, mais, a contrario, la longue série de lumineuses journées d'hiver pur qui s'achève n'a pas été aisée à traverser. Pas facile de rester rivé à une table à dessin quand l'extérieur vous appelle ainsi. Mes chaussures de randonnée me faisaient de l'œil près de la cheminée et j'avoue avoir craqué deux ou trois fois.

Je suis constitué à l'inverse des panneaux photovoltaïques: dès que le soleil brille, je deviens improductif.

lundi 12 janvier 2009

Crevasses


Extrait du crayonné de la planche 22.

Enfin, s'ouvre devant moi une vraie semaine vide de toute obligation. J'éprouve une sensation sans doute comparable à celle du skieur, seul sur une crête, s'apprêtant à savourer une longue descente dans la poudreuse vierge. Il sait qu'il y a peut-être des crevasses, mais ça va être chouette quand même (je dis "sans doute" parce que je ne fais pas de ski, ça glisse trop).
Bref.
Le répondeur est armé. Les amis passent au large. Le facteur sonnera en vain. Même le chat a confusément compris qu'il faudrait désormais attendre le soir pour sortir pisser. D'ailleurs la pauvre bête se tordait de douleur devant ma porte depuis plusieurs heures quand j'ai émergé de cette planche.

Autre chose: il y a dix ans cette année, les éditions Delcourt publiaient "La gloire d'Albert", un de mes bouquins passés assez inaperçus avec lequel je m'entends pourtant assez bien.
Je viens de m'en rendre compte en allant me balader ici.

Dix ans.
Ça en fait des heures de ski.
Et des crevasses.

vendredi 9 janvier 2009

Un éclair



Voici un extrait de la planche 21, crayonnée et encrée aujourd'hui.

Aujourd'hui également, discussion constructive avec Claude Gendrot (l'éditeur de "Lulu femme nue", suivez, un peu) autour des modifications récentes que j'ai apportées au scénario pour circonvenir une ou deux petites merdouilles persistant à me gâcher le paysage, notamment là-bas, aux alentours de la page 40 et dans la conclusion du récit.

Après avoir convenu, de façon fort urbaine, que ma nouvelle version améliorait sensiblement mon scénario, l'éditeur me rappelle qu'il avait lui aussi une solution anti-merdouilles à proposer.
Nous constatons ensuite que ces deux corrections présentent de réels avantages et promettent l'une comme l'autre des scènes percutantes qui devraient propulser "Lulu femme nue" vers le prix Pulitzer.
Laquelle choisir?
Pour résoudre ce dilemme, nous mettons sur pied une brillante tactique qui pourrait se résumer ainsi: "Bah on verra bien".

C'est alors qu'une intuition quasi-divine (il y a eu comme un éclair dans mon atelier et cette fois, le transfo EDF n'était pas en cause) m'apporta la solution: Je vais réécrire ces passages en mixant les deux nouvelles versions en une seule scène.
En ces deux points, un peu faiblards isolés, se complètent et se légitiment désormais en s'appuyant l'un sur l'autre.

En quelques sortes, une formule "gagnant-gagnant" comme disait Jeanne d'Arc, ou une de ses descendantes, je sais plus.

jeudi 8 janvier 2009

Écrire, dessiner, raconter?



Story-board, toujours, ce matin.
Ils sont encore fragiles, mais des ponts sont désormais lancés vers les rivages de la planche 30.
Bon, jusqu'à la 27, en tous cas.
La 25, sûr.
Ces planches sont encore dans les limbes, mais leur étoffe s'affine doucement. Une simple brise foutrait tout par terre. On verra bien.
Dessinons, dessinons.
J'ai remarqué que l'acte du dessin, avec la concentration et le détachement qu'il exige, procure parfois une sorte de veille mentale qui permet de régler des problèmes narratifs qui nous semblaient insurmontables quelques heures auparavant.
Dessiner, c'est aussi entrer dans un autre temps, fait de longueur, d'attention et de décontraction.
C'est pour cette raison que je ne peux pas dissocier une hypothétique "étape d'écriture" qui précéderait une non moins hypothétique "étape de dessin".
En bande dessinée, écrire c'est déjà dessiner. Dessiner c'est encore écrire.



Cet après midi, je suis allé écouter le verdict du procès dont je vous ai déjà parlé ici.
Le verdict fut aussi abrupt et caricatural que les débats avaient été riches et profonds. L'histoire continue. Et l'histoire, d'une façon ou d'une autre, devra bien un jour être racontée.

lundi 5 janvier 2009

Chômage technique

Ce matin, bien avant l'aube, je m'apprêtais à affronter une saine journée de labeur, manches retroussées, œil frais, hardi les gars, le 9ème art n'a qu'à bien se tenir.
C'est alors que le transformateur EDF de ma rue rendit l'âme sans crier gare. Paf.
Plus de lumière, plus de table lumineuse, plus d'ordinateur. Tel l'intrépide spéléologue, j'ai bien essayé, quand le jour a pointé son nez, de dessiner à la lueur vacillante d'une lampe frontale.
C'est un peu juste.

J'ai donc consacré cette journée polaire à la discipline dans laquelle, toute modestie mise à part, j'excelle: le rienfoutisme total, le glandage universel. Et sur ce terrain-là, mes cocos, je vous attends sans trembler.



À ceux qui hurleront au scandale, je rappellerai que:
-1) Le rienfoutisme est l'activité à laquelle s'adonne Lulu. Il est donc judicieux que j'y sacrifie moi-même quelques journées pour ne pas perdre de vue l'état d'esprit de mon personnage principal. Cette décision relève donc (aussi) de la simple déontologie artistique.
-2) C'est pas ma faute. Allez vous plaindre à EDF qui, au lieu de préparer l'apocalypse en truffant la planète de centrales nucléaires aléatoires au nom de la Balance Commerciale Nationale, devrait assurer la permanence du 220 volts jusque dans les campagnes les plus reculées, et donc la mienne, y compris par -3°c.
-3) Un des luxes suprêmes de cette activité d'auteur, c'est de pouvoir se dire au réveil (avec ou sans le concours d'EDF) "Ha bah tiens, non, finalement, ce matin, je reste au pieu". Je conseille l'activation de cette prérogative le lundi, par mauvais temps, un nectar, je ne vous dis que ça. En y réfléchissant, c'est peut-être même notre seul luxe. N'y point recourir de temps en temps relèverait du scandale.

Demain, par contre, ça va fuser.

vendredi 2 janvier 2009

Alchimie

Aujourd'hui, story-board.
Kezako?

Pour ce qui me concerne, c'est l'étape du travail qui consiste à passer d"une séquence du scénario à une (future) planche dessinée. C'est une sorte de brouillon, suffisamment clair mais pourtant assez flou pour pouvoir évoluer le plus longtemps possible. Une entité fuyante qui ne doit rien figer. Juste une note d'intention narrative. Pas de dialogues, pas de dessin, seulement une suggestion de cadrages.
Réaliser le story-board d'une séquence, c'est aborder l'étape qui sépare un mode verbal (scénario) d'un mode iconique (planche).
Et, en bande dessinée, à mon avis, c'est là que se joue l'essentiel. C'est là que se synthétise l'alchimie de ce langage bâtard. Dans cet entre-deux étrange, ce no man's land où je ne progresse qu'à l'aide d'un langage hiéroglyphique indéchiffrable par un autre être humain que moi-même (ce qui présente d'appréciables avantages face à une éventuelle tentative d'espionnage).
Je dois d'ailleurs avouer qu'au bout de quarante huit heures, il m'arrive à moi aussi de ne plus savoir déchiffrer le sens de ces croquis.
Ça fait ricaner les gens. Je bosse comme ça, mais sinon, je suis un garçon plutôt stable d'un point de vue mental.



Autre chose, concernant ma note précédente: Des gens m'ont reproché de traiter la revue Télérama d' "infâme revue culturello-bobo-gauche caviar ". Ça m'embête.
Ça signifie qu'ils ont lu ma note au premier degré, et que quelques internautes sont donc repartis de ce blog avec le sentiment d'avoir croisé un sarkoziste dévoué. Hé, revenez, je déconnais, hein.
Ça m'apprendra, tiens.