mercredi 31 décembre 2008

Juste avant 2009

Bon Français soucieux de la Croissance Sacré de notre Sainte Économie, et selon l'un des Préceptes Divins de notre Petit Timonier Énervé, je travaille plus pour gagner plus. Ainsi, c'est le tout dernier jour de cette année 2008 que je publie ma dernière planche.
Hélas, hééééélas, c'est à une infâme revue culturello-bobo-gauche caviar que j'ai dû céder cet ultime effort créatif.



J'espère qu'on ne m'en tiendra pas rigueur.

mardi 30 décembre 2008

Cucurucucu Paloma

Quelques réponses à vos questions:

D'où vient l'idée originelle qui m'a poussé à écrire "Lulu femme nue"?

J'ai commencé par m'intéresser aux cas de "disparitions volontaires" comme il s'en produit des milliers chaque année. Monsieur (ou Madame, plus rarement semble t-il) descend acheter des cigarettes et ne revient jamais. La gendarmerie, prévenue, le (la) retrouve parfois mais ne peut donner des nouvelles à la famille éplorée que si il (elle) le souhaite.
Au final, après les différentes réécritures du scénario, ma Lulu n'est plus vraiment dans ce cas, puisque, dès le début de son escapade, elle prévient ses amis qu'elle compte bien revenir.

D'autres éléments, plus fugaces, que j'avais presque oubliés, sont aussi à l'origine de ce scénario.
Ainsi, l'un des plus anciens (peut-être le premier), et des plus furtifs est illustré par la très mauvaise image ci-dessous...



... qui est une capture d'écran (m'emmerdez pas avec la technique) d'un plan de "Parle avec elle" de Pedro Almodovar. C'est une scène nocturne. Des gens assis écoutent Caetano Veloso chanter "Cucurucucu Paloma",dans un travelling panoramique très lent, doux comme la musique de cette chanson triste. Pourquoi ce plan, assez banal, m'a t-il donné l'idée du dispositif narratif de mon livre? Pourquoi m'a t-il donné l'envie de ce mec assis dans la nuit qu'écoutent attentivement ses amis? Je n'en sais rien et pour tout dire, je m'en fous.
Mais le fait est là: Il y a longtemps, au cœur de ce film, ces quelques secondes de cinéma ont enclenché quelque chose en moi qui a participé à la fondation de "Lulu femme nue".
Et ce n'est que récemment, en revisionnant un autre Almodovar, que je me suis souvenu de cet ébranlement initial que j'avais presque oublié.

"Pourquoi ce titre?", me demande t-on par ailleurs.

Pourquoi pas, réponds-je. La nudité dont j'affuble Lulu est à prendre au sens symbolique. Elle consiste à se débarrasser des couches d'habitudes et de poussière que la vie quotidienne a accumulé.
Au moment de l'écriture du scénario, j'ai joué avec cette allitération un peu idiote, puis je l'ai gardée.
Au bout de quelques mois, alors que le premier volume était bien avancé, lors d'une de mes visites chez Futuropolis, j'ai évoqué l'idée de changer de titre. Et on a immédiatement opposé un farouche tir de barrage à cette malheureuse suggestion (on= Claude Gendrot & Evelyne Colas, perfidement secondés par toute l'équipe). Dans le doute, j'ai soumis deux-trois autres idées à quelques amis, et l'un d'eux, David Prudhomme, qui n'aimait pourtant pas celui-là a considéré les autres puis m'a déclaré "Oui, mais il faut avouer que "Lulu femme nue" c'est un titre qui reste dans la tête" .
Alors j'ai capitulé.

Pour terminer, suite à l'un de mes messages précédents, je remercie ceux d'entre vous qui me conseille de nouveaux pinceaux de grande marque. Mais, moi-même quadragénaire en cours de déforestation, je me sens tenu à une sorte de fidélité vis-à-vis de mes pauvres pinceaux qui perdent eux aussi leurs poils. En les foutant rageusement à la poubelle, je tente de conjurer la calvitie qui gagne.

lundi 29 décembre 2008

20

Nous y voilà enfin.
Vingt planches.
En gros, un quart du livre.



Je viens d'en terminer la mise en couleurs.
J'aimerais pouvoir les relire pour en soupeser le rythme. Le tempo de mes livres est une de mes obsessions, et sa mise au point, un de mes plaisirs. Le rythme d'un livre, c'est sa dimension musicale, c'est ce qui rapproche peut-être la bande dessinée du jazz (infoutu de lire un accord, je ne me sens pas assez qualifié pour développer ce point, mais c'est mon blog, ici, et je dis ce que je veux).

Il est arrivé plusieurs fois, pour qualifier le sentiment procuré par la lecture d'un de mes livres, qu'on me dise que "c'est comme voir un film".
Et,bien que le plus souvent mon interlocuteur n'en soit pas conscient, c'est bien du rythme du livre qu'il me parle, qui a porté sa lecture, sans effort.
En tous cas, c'est comme ça que je l'entends. Comme un compliment. Et je dis merci. Même si quand, à l'inverse, un critique ricanant compare un film à une "bédé", c'est rarement un compliment.

vendredi 26 décembre 2008

Douze ans d'âge

Les deux pinceaux aquarelles ci-dessous ont au moins douze ans d'âge. C'est avec eux que j'ai mis en couleurs presque tous mes livres.
Leur rôle est de poser les "jus" qui donneront la teinte dominante de la page et/ou de la case.
Ce sont de loyaux compagnons, qui, malgré les années, ne rechignent pas à la tâche et dont je connais exactement le comportement.

Les freluquets qui posent avec eux ne méritent pas le même considération: au bout de quelques pages, ils protestent. Leur mise en pli rend l'âme, leur brushing ne tient plus. Ils réclament du repos, des attentions particulières.
Poubelle.
Ha, folle et inconséquente jeunesse. C'est pas mes deux vieux grognards qui me lâcheraient comme ça. Et si un jour -soyons fort- ils doivent eux aussi m'abandonner, j'en porterai le deuil quarante jours.

Les deux pots dégueulasses contiennent les deux couleurs qui me servent à raconter l'ombre, la lumière et la fraîcheur des deux volumes de "Lulu femme nue".
Le premier est un mélange maison d'ocre, de jaune, de rouge et de noir qui m'inquiète un peu. Il s'épaissit inexplicablement avec le temps. J'espère aller avec lui au bout du second livre sans encombre.
L'autre est un pénible cobalt à peine modifié qui présente l'inconvénient de sécher en dépit de toute logique.

Trop tard pour en changer.

mardi 23 décembre 2008

Soudure

La page 19 est encrée. La "nouvelle" page 19 serais-je tenté de préciser si celle-ci ne devait pas tant à l'"ancienne" page 19 qui en était restée au stade du crayonné lorsque cette petite séance de réécriture s'avéra nécessaire.
La 19 restera donc à mes yeux une planche de soudure.
Aux vôtres, j'espère que non, en comptant sur une bienfaisante amnésie qui vous laissera lire en toute innocence le livre achevé.



La question reste d'ailleurs entière: est-il bien malin de vous ouvrir ainsi les portes de mon atelier pendant que tout ça se met en place? Je veux dire: Est-ce que le fait d'avoir eu accès aux cuisines vous empêchera de goûter tranquillement le plat?
N'allez vous pas perdre ici cette innocence technique qui nous fait désormais si souvent défaut, à nous auteurs, pour apprécier pleinement la lecture d'un livre de bande dessinée?
Il m'est (il nous est) difficile de parcourir tranquillement les pages d'un confrères sans imaginer ce qu'on aurait fait à sa place pour telle scène ou ce dont manque tel dialogue pour sonner juste.

Je dois avouer que je ne trouve pas un livre de bande dessinée par an capable de m'emporter vraiment, de me redonner ce statut si confortable de simple lecteur.

Vous êtes prévenus.

En même temps, n'oublions pas que, entre chaque case, entre chaque planche, la qualité d'une belle narration se juge finalement à celle de ses soudures.
Lisses et solides, elles garantissent une lecture fluide, qui n'écorche pas l'œil.

vendredi 19 décembre 2008

Communiqué

Les discussions, qui se sont déroulées dans un climat constructif, ont permis à chacune des parties de faire valoir son point de vue.

Il a été convenu que l'auteur -au moins pour quelques jours- mettrait en veilleuse ses tonitruantes déclarations sur les avantages de l'improvisation.

De leur côté, les personnages, qui n'ont pas souhaité céder un atome de leur liberté d'action, ont accepté néanmoins de ne pas étaler sur les pages plus qu'il n'est convenable leurs états d'âme et leurs divagations .

Globalement, il a été admis qu'un récit dont l'inaction s'avère le thème central, demande une rigueur d'écriture supérieure, ce à quoi l'auteur a piteusement opposé que c'était "plus facile à dire qu'à faire "(sic).

Le travail devrait reprendre dès le début de semaine prochaine (ce week-end c'est pas possible, y'a des bûches à fendre).

mercredi 17 décembre 2008

Interlude (suite)



Patience, ça avance.

Comme les petits réglages qui m'occupent ces jours-ci concernent surtout l'intrigue du récit, vous comprendrez que je ne puisse pas vous en parler aisément.

Pour faire court, disons que je me heurte aux dangers de l'improvisation. Et à ce petit jeu (car c'en est un, que j'aime pratiquer), on ne gagne pas toujours.

En l'occurrence, ici, mes personnages commencent à prendre leurs aises avec la ligne directrice que j'avais imaginée au récit. Cette petite pause a pour objet de négocier avec eux.

Pour prendre une image qui vous parlera en ces temps troublés, je suis comme un ministre de l'éducation aux prises avec d'indociles lycéens.

Sauf que moi, les miens, je les aime.

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